Deux déchèteries, un bac de tri en plus
Deux bacs distincts sont apparus dans les allées des déchèteries de Vienne et de Villette-de-Vienne : l’un reçoit les appareils thermiques — tondeuses, taille-haies, débroussailleuses, tronçonneuses — l’autre les articles manuels, tuyaux d’arrosage, arrosoirs et housses de barbecue compris. Jusqu’ici, ces objets rejoignaient la benne tout-venant, mélangés à des gravats ou du mobilier hors d’usage, ce qui rendait leur recyclage matière par matière beaucoup plus difficile une fois arrivés chez les prestataires de traitement. Le principe retenu par Vienne Condrieu Agglomération est celui d’un tri à la source, dès la déchèterie, plutôt que d’un tri ultérieur dans un centre spécialisé situé hors du territoire, une étape qui alourdit toujours le coût final de la filière et complique la traçabilité de chaque flux de matière jusqu’à son repreneur industriel. Les gardiens de déchèterie ont reçu une consigne d’orientation pour guider les usagers vers le bon bac, un rôle nouveau qui s’ajoute à leurs missions habituelles de contrôle des dépôts.
Les deux autres déchèteries de l’Agglomération, à Ampuis et à Chuzelles, n’ont pas encore reçu ces bacs de tri séparé. L’Agglomération n’a communiqué aucun calendrier pour une extension du dispositif aux sites restants, ni de premier bilan chiffré des semaines de collecte écoulées à Vienne et à Villette-de-Vienne. Le choix de démarrer sur deux sites seulement, plutôt que sur l’ensemble du réseau de déchèteries de l’intercommunalité, n’a pas non plus été justifié publiquement par la collectivité à ce stade du déploiement, alors même que les cinq sites accueillent des volumes de fréquentation très différents selon les communes.
Ecologic et Ecomaison se partagent la collecte
Deux éco-organismes distincts prennent en charge le tri, selon la nature des objets déposés par les habitants. Ecologic collecte et traite les articles thermiques — tondeuses, tronçonneuses, débroussailleuses — au titre de leur statut d’équipements électriques et électroniques, une catégorie qu’il gère déjà par ailleurs pour de nombreux autres produits domestiques comportant un moteur ou une batterie. Ecomaison s’occupe des articles non thermiques, une catégorie plus récemment intégrée à la réglementation et associée jusqu’ici surtout aux produits d’ameublement et de décoration d’intérieur, avant que le législateur n’y rattache aussi les objets de jardin sans moteur. Les deux structures sont agréées au titre de la responsabilité élargie du producteur, un mécanisme par lequel les fabricants financent la fin de vie de leurs produits plutôt que d’en laisser le coût à la charge des collectivités et, en dernier ressort, du contribuable local.
Ce partage entre deux éco-organismes reflète la manière dont la filière française des déchets s’est construite depuis une vingtaine d’années : catégorie de produit par catégorie de produit, chacune avec son propre financement et ses propres metteurs sur le marché, plutôt que par une structure unique couvrant l’ensemble du bricolage et du jardin. Le territoire de l’Agglomération compte lui-même de nombreux artisans et commerces liés à ces filières d’équipement, un tissu économique local déjà documenté par l’Agglomération elle-même dans ses données sectorielles.
Les appareils encore utilisables
Une tondeuse ou une débroussailleuse en état de marche peut être reconditionnée puis remise en circulation, par des filières de réemploi associées à Ecologic et à des structures locales de l’économie sociale et solidaire. Ce circuit reste minoritaire au regard du volume total collecté : la majorité des dépôts en déchèterie concernent des appareils déjà hors d’usage, souvent en panne depuis plusieurs saisons avant leur dépose effective par leur propriétaire. Le tri à la source, dès la déchèterie, conditionne pourtant directement la part qui pourra effectivement être reconditionnée plutôt que démantelée en fin de chaîne, bien avant que l’objet n’atteigne un quelconque centre de traitement.
Les appareils en fin de vie
Les objets non réutilisables sont démantelés pour en extraire les matériaux valorisables — métaux, plastiques, parfois moteurs thermiques séparés pour leurs composants les plus recherchés. Cette étape de démantèlement se déroule chez des prestataires industriels sous contrat avec les éco-organismes, hors du territoire de l’Agglomération, qui ne joue ici qu’un rôle de collecte de premier niveau avant transport. Les matériaux extraits repartent ensuite vers des filières de recyclage classiques, propres à chaque matériau plutôt qu’au produit d’origine, avant de redevenir une matière première pour d’autres industries, parfois très éloignées du secteur du bricolage dont elles sont issues.
À l’échelle nationale, le volume annuel donne la mesure du geste attendu des ménages :
- 330 000 tonnes d’articles de bricolage et de jardin mises sur le marché chaque année en France
- 145 000 tonnes revendues d’occasion ou réemployées
- 84 000 tonnes jetées sans passer par une filière de recyclage dédiée, avant la généralisation de ce type de collecte
Une catégorie parmi les dernières intégrées à la loi anti-gaspillage
Ce dispositif s’inscrit dans la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi AGEC, qui a progressivement créé des filières à responsabilité élargie du producteur pour des catégories de produits qui n’en avaient pas jusqu’alors. Les articles de bricolage et de jardin comptent parmi les dernières catégories intégrées à ce mécanisme, après le mobilier, les jouets ou les articles de sport, chacun ayant connu la même transition progressive vers un tri dédié. Chaque nouvelle catégorie suppose la même mécanique administrative : un éco-organisme agréé par l’État, des metteurs sur le marché qui cotisent selon les volumes vendus, puis des collectivités qui adaptent leurs déchèteries pour recevoir les nouveaux flux sans surcoût direct pour leurs usagers. Vienne Condrieu Agglomération n’a pas précisé si les déchèteries d’Ampuis et de Chuzelles rejoindront le dispositif selon un calendrier fixé, ni si un premier bilan de collecte sera rendu public après une année pleine de fonctionnement sur les deux sites pilotes, ni quel indicateur permettrait de juger le dispositif suffisamment mûr pour être généralisé.
